Note 533

Publié le 2 Novembre 2024

Écrire le matin dans la lumière grise de l’automne. Écrire mes désirs pourris, mes désirs de merde, mon historique.

Ça arrive comme ça, est-ce que c’est une maladie chronique dégénérative ou est-ce qu’on a toujours espéré que le corps reste en marge, sous pression, avec ses ligaments en feu et ses muscles contractés ? Écrire de là-bas, ce n’est pas tant aller-chercher que retourner-retrouver. Laisser la sensation d’asphyxie. Écrire cloué au sol avec du café lyophilisé-crachat dilué, quand tes jambes maigres me tirent sous la surface comme deux échardes.

Pas compter sur les médecins, leurs renvois, leurs questions au présent, sport et stabilité des masses corporelles. Comme l’entourage ça oublie, des antécédents familiaux je sais pas. Accumulation de nouvelle neige, ma peau devrait pas brûler autant, il faut trouver quelque chose à faire. Pas compter sur le passé et ses overdoses de cortisol. J’ignore si je perds, si je gagne, mais je marche.

Je marche et non. Pas respirer calmement. Laisser l’action se jouer dans le thorax. Écrire de là-bas, sous l’eau, des urgences, là où ça ne fait plus de poids ce que l’on a perdu. Les traces d’excitation sont numériques. Les bleus, griffures, tout ce qui luit sur ma peau, t’as le résumé dans l’onglet intergénérationnel. Et non, putain non, c’est pas Ok. C’est pas Ok de laisser mourir à ce point. Même si le cœur n’y croit plus et l’intérieur de ma bouche devrait pas être si froid.

Probable réponse somatique aux interactions gelées, météo capricieuse dans les articulations, reliefs hasardeux des plis de l’épiderme. Qu’il trouve par la douleur et par l’encre des moyens d’évasion. Blesser la peau c’est aussi une manière de laisser entrer (c’est des pensées, les fleurs que je préfère). Aussi dans l’heure la plus aride, faire quelque chose de la brûlure et des décharges électriques. Les renforcer avec de la cire, des lanières, des stimulations. Il manque une chute.

Je veux pas parier, je marche encore. Départ spontané, avalanche en devenir, ça joue. Ça infecte. Ça part pas. Toi oui, toi tu pars souvent, comme un feu de forêt au mois d’aout. Dans les sécrétions d’une usine pétrochimique, dans le nylon bas de gamme d’un short de sport, dans l’excitation en suspens, nos poings comme horizon.

Je veux pas remporter au hasard une soirée un verre de plus, je veux le trottoir, le caniveau, la porte que je n’osais pas pousser par promiscuité ou par concours de circonstances.

On s’attache à rien, sauf à la douleur. Moi je ne genre pas le désir et je pare et je me demande si je ne devrais pas effacer cette phrase et mon historique internet. 1 – 0, c’est pas comme ça qu’on rends les coups. Mes poings sont non-binaires, les tiens sont une ponctuation.

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